J’ai été happé par l’ambiance dès l’ouverture : la vieille lettre, la bougie, le type qui a l’air d’avoir vu trois guerres… Ça annonce du lourd. Ensuite, la ville en fête et le tournoi donnent vraiment envie d’entrer dans ce monde. Les dessins sont impressionnants, surtout les foules, le château et les gros plans sur les archers. En noir et blanc, ça a une vraie gueule. Le duel entre Marianne et Aldric fonctionne bien. On comprend tout de suite leur rivalité, et les tirs donnent envie de voir qui va craquer. J’ai même souri devant le fanfaron au chapeau, qui parle comme s’il présentait la finale d’un grand spectacle. Par contre, j’ai trouvé les dialogues parfois trop chargés. Les personnages expliquent beaucoup qui ils sont et ce qu’il faut penser d’eux, au lieu de me laisser le découvrir. Et le passage de la fête au massacre arrive tellement brutalement que j’ai surtout été surpris, pas vraiment bouleversé. J’aurais aimé connaître un peu mieux Marianne avant que tout parte en flammes. Mais la dernière attaque laisse une vraie envie de comprendre : qui a lancé ça, et pourquoi ? Je lirai la suite, surtout pour voir Marianne et Aldric survivre à ce carnage. NOTE : 7/10 Sami
Tu sais immédiatement fabriquer une promesse. Le poème d’ouverture annonce la mort, les flèches et une réconciliation : c’est du grand mélodrame assumé, et le contraste avec le barde en larmes (p. 2) donne envie de savoir quelle tragédie il raconte. Puis tu prends le temps d’installer Scalia, sa fête, son tournoi et ses figures centrales. Le château et la ville en liesse (p. 4-6) ont une vraie efficacité de feuilleton : on comprend le monde, l’événement, la hiérarchie sociale, et surtout qui regarder. Le tournoi est le meilleur moteur de lecture. Marianne n’est pas simplement « la princesse » : elle tire, répond, provoque, et son duel avec Aldric possède une progression nette. La flèche magique (p. 15) est un joli décollage vers la fantasy, tandis que le tir qui atteint la cible après les cinq flèches d’Aldric (p. 17-18) fournit un excellent petit coup de théâtre. Le flirt entre les deux archers fonctionne parce qu’il passe par la rivalité : « bien joué, gamine » est plus efficace qu’une déclaration. Là où tu me perds un peu, c’est dans l’empilement des présentations et des commentaires. Beaucoup de visages sont magnifiques mais interchangeables, et les bulles du barde expliquent parfois une émotion que l’image montre déjà. Le pacing accélère aussi brutalement : après une longue célébration, la fumée et les cloches surgissent (p. 20), puis l’attaque à la hache arrive presque sans espace pour comprendre qui frappe, pourquoi, et ce qui est réellement en jeu. La violence finale frappe, mais elle ressemble davantage à une bande-annonce de massacre qu’à un basculement dramatique pleinement vécu. Tu termines néanmoins sur une rupture forte : le tournoi est déclaré terminé au milieu des ruines et des morts (p. 23). Je veux connaître la suite, surtout la nature de cette attaque et le destin de Marianne. Pour un tome 1, c’est essentiel. Maintenant, donne à tes personnages autant de netteté qu’à tes images. NOTE : 7.5/10 D. Song
Tu ouvres sur une prière, puis sur un visage en deuil, avant de donner le titre : pages 1 à 3 installent une gravité presque légendaire. Le geste est juste, mais le titre arrive comme une couverture intérieure, sans véritable nécessité de lecture. La page 4 possède une belle ampleur de fondation — le château, la foule, la montagne — puis s’interrompt brutalement dans une moitié blanche. Cette réserve pourrait être un silence ; ici, elle ressemble davantage à une page inachevée. À partir de la page 5, tu sais faire circuler l’œil. Le tir, l’impact et la clameur s’enchaînent avec netteté : les cases centrales de la page 5 produisent un vrai petit mécanisme de suspense. La page 6 élargit ensuite l’événement à toute la ville, bonne ellipse spatiale, avant de resserrer progressivement l’action sous la tente. Ton découpage comprend le principe essentiel du tournoi : alterner spectacle collectif et duel de regards. Mais tu confonds souvent intensité et saturation. Les pages 7 à 11 empilent des portraits, des noms, des alliances et des répliques dans des bulles qui se disputent la surface avec les visages. La lecture avance, mais elle ne respire pas. Les pointes des phylactères ajoutent une agitation graphique là où un simple silence ou un regard aurait davantage désigné le pouvoir. La page 12 retrouve une architecture plus lisible : préparation, cible, sablier, archers. C’est la meilleure montée de tension du dossier. Les pages 13 à 17 sont efficaces dans leur percussion, surtout lorsque la flèche traverse les cases et que le regard de Marianne devient le véritable point d’arrivée. En revanche, l’explosion surnaturelle de la page 14 est annoncée sans assez de retenue : tu montres le miracle avant de nous laisser le désirer. La rupture violente des pages 18 à 21 fonctionne par choc, mais la grande image de la page 20, suivie d’un vaste blanc, ralentit le massacre au lieu de le laisser résonner. La dernière page conclut ; elle ne hante pas encore. NOTE : 7.2/10 R. Amano
Tu installes d’emblée un monde qui sait ce qu’il veut : la pierre, le cuir, la suie, le velours sombre, les visages sculptés par une lumière de forge. Le prologue, page 1, avec sa feuille déchirée et sa plume suspendue, possède une vraie sensualité tactile ; la page 2, centrée sur le père accablé devant la bougie, donne au récit une gravité presque liturgique. Ton noir et blanc est riche, traversé de gris métalliques et de noirs profonds. La scène du tir, page 14, case centrale, où la flèche fend l’espace au-dessus de la foule, est particulièrement efficace : le mouvement est lisible, la tension physique palpable. Tu sais aussi composer le spectacle. La page 6, dernière case, fait respirer la ville en l’ouvrant comme une miniature foisonnante ; la page 11, case centrale, transforme l’entrée d’Aldric en apparition héroïque, avec la foule comme caisse de résonance. Et page 15, dernière case, le gros plan sur les yeux de Mariane trouve enfin une émotion nue, débarrassée du décorum. Mais ton parti pris devient parfois une prison. Tout est constamment détaillé, brodé, hachuré, comme si chaque surface devait crier son existence. Les visages, surtout, tendent vers une même beauté dure et photographique : page 8, les quatre personnages de la dernière case ont des singularités vestimentaires, mais peu de différences expressives. La lisibilité souffre aussi d’une surenchère de phylactères et d’onomatopées : page 12, la silhouette de Mariane se perd presque dans les éclats de voix qui l’entourent. Tu confonds parfois intensité et saturation. Le récit gagne en force lorsque tu laisses le silence travailler. La page 20, grande image de ruines et de massacre, possède cette brutalité muette que les pages précédentes annonçaient sans toujours l’atteindre. L’ensemble est impressionnant, cohérent, généreux, mais encore trop amoureux de son armure graphique pour devenir pleinement personnel. NOTE : 7,5/10 M. Bellini